A l’heure où le
coaching, avec le recul de l’observation des dernières années, semble
définitivement vouloir, pouvoir et peut-être devoir pénétrer les
organisations professionnelles, il semble pertinent de formuler
quelques recommandations aux acteurs de la GRH en tant que
prescripteurs de coaching. Les recommandations faites ici portent sur
les qualités et compétences attendues chez un coach. Elles considèrent
quatre plans appelés à se conjuguer dans la pratique, lors du choix
d’un coach par le donneur d’ordre par exemple. Ces quatre plans peuvent
eux-mêmes se situer dans la lignée de la longue réflexion menée sur le
leadership, notamment par Zaleznick (1977) qui distingue les leaders et
les managers, les premiers étant émotionnellement davantage impliqués
et susceptibles de favoriser le changement. A ce sujet Northouse (2001,
p. 10) précise : “Leaders change the way people think about
what is possible”.
Le talent intrapsychique
Ce talent
suppose un coach capable d’intériorité pour réveiller au besoin celle
de l’alter ego qu’est le coaché ; il est apte à développer une
conscience réflexive sur sa propre pratique pour stimuler une démarche
identique chez son interlocuteur. Le coach doit pouvoir penser son
propre pouvoir d’influence et les dangers de ses propres passions. Il
est aidé par la supervision de sa pratique de coaching, notamment parce
que la supervision aide à la gestion du transfert et du
contre-transfert, propres à toute relation, notamment thérapeutique.
Par ailleurs, les groupes de pairs, la pratique de la co-vision, les
clubs d’échange et de réflexion semblent des modérateurs intelligents à
la toute-puissance qui risque d’être revendiquée par certains coachs
(et dont pourraient avoir besoin certains managers).
Le talent social et
politique
Un coach est alors porteur d’une véritable philosophie de l’action,
éloigné des savoirs de magiciens ou des savoirs sacrés, mais conscient
des jeux, notamment de pouvoir dans lesquels il peut intervenir. Il
s’agit pour le coach de comprendre le fonctionnement du système
économique et social que constitue l’entreprise où il intervient. Il
offre un regard enrichi (la fonction miroir) à la personne ou aux
groupes qu’il accompagne, et qui sont en général porteurs d’une
autorité formelle, susceptible d’influer sur le système. Le coach
aide au passage entre vision à l’action, au-delà des
barrières internes, notamment défensives telles qu’elles ont été
soulignées par Argyris.
Le talent cognitif
Ce talent donne au coach l’aptitude au discernement sur l’entreprise,
au sens pascalien du terme. Il évite de la condamner comme de
l’encenser, en s’éloignant des métaphysiques de l’action pour mieux
tâtonner en intelligence de contexte et accompagner le cheminant qu’est
le coaché. Il s’agit pour le coach de pouvoir interpréter le monde pour
savoir quels buts l’organisation doit viser en interrogeant et écoutant
son interlocuteur. Cette fonction de discernement est elle-même le
produit d’un apprentissage personnel et expérientiel intégré, mais non
figé, car propre à s’enrichir au contact de l’accompagné. Le coach est
alors congruent, apte à apprécier en intelligence de contexte, donc
aussi en intelligence des représentations du coaché, les situations
problématiques. Cette congruence, dans sa mise en œuvre cognitive
s’apparente au principe de traduction, mis en exergue par Bruno Latour
susceptible de permettre le passage d’un monde à l’autre. Le travail de
recadrage (au sens technique PNL) parmi les différentes cartes du
monde, peut alors s’effectuer d’autant mieux que la compréhension est
effective entre les parties et que le principe de traduction est
intégré à la pratique.
Le talent éthique
Le coach est capable d’interroger sur les finalités des décisions et
des actions. Le pouvoir organisationnel confère une réelle
responsabilité envers autrui que le coach doit aider à représenter. Le
coach est structuré par une éthique, nourrie d’espérance et de lucidité
conjuguées. Il est alors capable d’une véritable démarche philosophique
existentielle comme questionnement moteur. Dans la tradition
existentielle, la crise devient l’occasion de déployer le courage de
faire face et le courage de créer.
Le tableau ci-dessous reprend les talents qui viennent d’être
répertoriés et propose de distinguer pour chacun d’eux les éléments
d’appréciation que peut utiliser l’entreprise qui envisage le recours à
un coach. Éléments d'appréciation des talents du coach:
| Talents
du coach |
Eléments
d’appréciation par l’entreprise cliente |
| Intrapsychique |
Le coach
a fait un travail de développement personnel. Il s’est formé au
coaching.Il est supervisé dans le cadre de sa pratique de coaching. |
| Cognitif |
Le coach
aide à contextualiser et à clarifier la demande de
l’entreprise lors des entretiens préalables au coaching. Il
est
capable d’expliquer sa démarche. Il maîtrise ses outils. |
| Social
et politique |
Le coach
à une connaissance effective de l’entreprise, du management et des
hommes. Il est expérimenté. Son CV en témoigne. |
| Éthique |
Le
coach est apte à bâtir un contrat pertinent et réaliste avec
l’entreprise. Il peut afficher la dimension déontologique de sa
pratique. Il est membre d’un groupement professionnel. |
Au-delà de cette synthèse qui privilégie une lecture relative aux
talents du coach, il importe cependant, en définitive, de rappeler que
le résultat d’un coaching reste un résultat contextualisé et conjoint,
où il importe de souligner la responsabilité et la liberté de chacune
des parties prenantes. Cette responsabilité reste limitée et cette
liberté marginale. Ces qualificatifs sont ici rappelés pour éviter la
tentation prégnante d’attribution personnalisée quant à la réussite ou
de l’échec d’un coaching. Le contrat tripartite qui semble devenir la
formule normative, du moins dans le coaching externe, engage trois
parties, chacune devant alors adopter la posture adéquate. Il y a
d’abord l’intelligence de la demande officielle du ressort du donneur
d’ordre chargé d’objectiver la démarche coaching ; il y a ensuite la
pertinence de la démarche, du ressort principal du coach par la
maîtrise du processus relationnel tout au long des séances ; il y
a enfin l’ouverture du coaché à une forme nouvelle
d’apprentissage et de développement des compétences dans une
réflexivité accompagnée de son action professionnelle, pour peu qu’il
accepte une levée de ses barrières défensives.
Auteur : Sybil Persson.
Article mis en ligne par l’auteur ou avec son accord explicite ou celui
de ses ayants droit.
Sybil PERSSON dirige
l’Ecole de Coaching à l’ICN Ecole de Management. Docteur en Sciences de
Gestion de l’Université de Nancy, elle est Professeur Associé du
Département Ressources Humaines et Systèmes d’informations depuis 15
ans. Sybil a une expérience conséquente en conseil et formation en
entreprise, notamment pour accompagner les managers, les dirigeants et
leurs équipes en période de changement. Ses activités de recherche
concernent le coaching en entreprise, les valeurs des dirigeants et le
fonctionnement des groupes de travail. La démarche s’appuie sur une
approche anthropologique du management, prenant en compte les
contributions théoriques de différentes disciplines des sciences
sociales. Elle est l’auteur de “Méthodes de communication
interpersonnelle” (Eska, 3ème éd., 2006) et a co-dirigé avec Vincent
Lenhardt l’ouvrage collectif « Le coaching entre psychanalyse et
problem-solving » (Eska, 2006).
Références:
LATOUR B. (1989), La science en action, La Découverte, 1ère éd.
américaine, 1987
NORTHOUSE P. (2001), Leadership Theory and Practice, Californie, Sage
Publications,
PEDON A. (2003), « Chris Argyris : la lutte contre les comportements
défensifs », in ALLOUCHE J. (coord.), Encyclopédie des
ressources humaines, Vuibert, p. 1569-1577.
ZALEZNIK A. (1977), « Managers and leaders : are they different ? »,
Harvard Business Review, 55, mai-juin, p. 67-78.