Quel code de déontologie choisir ? Quelles sont les différences ?

Posté le 04-01-2008 à 20:30 - Sybil Persson
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Rappelons en préalable, avec Malarewicz (2000, p. 146) que « ce qu’on appelle habituellement une déontologie – ou un code de déontologie – concerne l’ensemble des règles de fonctionnement qu’une profession se donne à elle-même, pour tenter de résoudre tout ou partie des problèmes éthiques que peuvent rencontrer ses membres ». Ainsi les groupements professionnels autour du coaching proposent une charte à vocation déontologique que leurs adhérents s’engagent à respecter.

Cet article, extrait d’un cahier de recherche plus vaste, propose de lister quelques chartes déontologiques en mettant en lumière de manière synthétique leurs différences et leurs points communs afin de mieux comprendre leurs spécificités. Ce document permettra à des professionnels de l’accompagnement de choisir – ou de créer – le référentiel déontologique qui convient le mieux à leur pratique et il aidera les utilisateurs ou prescripteurs à mieux comprendre les points auxquels il faut être attentif lorsque l’on entreprend une démarche coaching.

Quatre chartes sont analysées ci-dessous, émanant chacune d’un organisme professionnel reconnu par le monde du coaching. Les deux premières semblent incontournables au regard d’une part de la place que prennent les deux organismes dans le paysage médiatique français et d’autre part de l’effectif de leurs adhérents. La troisième charte illustre le souci de structuration qui anime la plupart des groupements plus légers, de moindre importance. Enfin la quatrième charte provient de l’organisation la plus lourde, elle est américaine, mais se diffuse dans différents chapters (pays ou régions), y compris en France. Une présentation rapide des quatre organismes laisse place ensuite à une lecture comparée des quatre chartes produites.

La Société Française de Coaching (SFCoach)
La Société Française de Coaching (SFCoach) dont les buts sont de définir, valider, promouvoir le coaching, ainsi que de définir et faire vivre le label qualité/déontologie SFCoach, a promulgué une charte depuis sa naissance en janvier 1997. Au-delà des statuts originels accordés aux membres (fondateur, titulaire et adhérent), a été instauré un statut supplémentaire en 2002 de membre associé, qui permet d’assouplir les paliers au sein des conditions requises entre le simple statut d’adhérent et celui plus exigeant de titulaire. Cette mise en œuvre s’est traduite par des modifications concernant la charte et les statuts de l’association qui valident l’existence d’un Comité d’Agrément et de Déontologie remplaçant le précédent Comité d’admission de titularisation et de déontologie (Ces modifications concernent essentiellement l’article 16 des statuts de l’association en 2002. De plus, une réorientation plus sélective de référencement des coachs a été mise en place en 2006). Au-delà de leur engagement à respecter la charte de l’association, les membres sont tenus, pour le membre titulaire d’exercer un métier de coach, pour le membre associé d’exercer le coaching sur un mode occasionnel, pour le membre adhérent d’exercer un métier en lien avec le coaching. Les deux premières catégories de membres ont fait la preuve de leur compétence devant un jury (Le membre associé a satisfait devant un jury aux critères fixés par le Comité d’Agrément et de Déontologie concernant sa formation, son expérience et son développement professionnel. Pour le membre titulaire, dans le même processus, il s’agit de l’intégration des acquis de formation, d’expérience et de développement personnel (Article 7 des statuts en 2002).

Le Syntec Conseils en évolution professionnelle
Le Syntec Conseils en évolution professionnelle est un syndicat professionnel régi par le Titre Ier, livre IV du Code du Travail. Début 1999, l’Ascorep (Association syndicale des conseils en réinsertion professionnelle), créée en 1985, rejoint le Groupement des Syndicats Syntec des études et du conseil (GSSEC) et devient le Syndicat Syntec conseils en évolution professionnelle. Une charte du coaching en dix points a alors été rédigée. En 2004 le Syntec regroupe 23 cabinets conseil.

La Fédération Francophone de Coaching (FFC)
La Fédération Francophone de Coaching (FFC) a été créée par Alain Cayrol en 1999 pour mettre en œuvre une vision humaniste du coaching, tournée vers la coopération et le soutien, sans lourdeur bureaucratique. Elle rassemble ses membres autour d’une charte éthique en dix points. Son originalité provient de sa volonté affichée de promouvoir le télé coaching en utilisant les technologies actuelles.

International Coaching Federation (ICF)
La Fédération Internationale de Coaching (ICF International Coaching Federation) est l’organisme le plus représentatif de la profession aux États-Unis. Elle a été fondée en 1992 par Thomas Leonard. Pour développer la pratique coaching, les objectifs de la fédération consistent à coordonner la communauté coaching suivant des standards professionnels exigeants, à mettre en œuvre une haute éthique de la pratique coaching et à représenter les membres auprès des organismes professionnels ou publics et des médias. Un guide éthique  (« Ethical guidelines for coaches », Hudson, 1999, p. 49) a été établi en six paragraphes. Une section spécifique executive coaching existe au sein de la fédération depuis 1999. La fédération accrédite les écoles de formation au coaching. Son influence en Europe se manifeste au travers des congrès européens qui prennent place, depuis 2001, à côté des congrès internationaux. La société a accrédité 6000 coachs dans le monde entier (Goudsmet et al., 2003) et existe dans 32 pays dont la France depuis 2001.

Le tableau ci-dessous permet une lecture comparative des 4 codes déontologiques.

Points

Société Française de Coaching

Syntec Conseil en Evolution Professionnelle

Fédération Francophone de Coaching

International Coaching
Federation

Garanties offertes par le coach

Formation expérience supervision
Art. 1.1

Formation expérience validées par le cabinet ;
Développement permanent
Point 1.

Formation validée ou en cours
Point 3
Expérience personnelle du coaching
Point 4
Mise à jour des connaissances
Point 8

Ensemble des qualités du coach

Confidentialité

Secret professionnel
Art 1.2
Restitution avec accord du coaché
Art 3.2

Secret professionnel
Restitution selon définition préalable
Point 3

Confidentialité selon la loi du pays
Point 6

Confidentialité recommandée.
Information donnée au coaché en cas de restitution

Supervision

Supervision établie pour les membres titulaires
Art 1.3

Recours régulier à un superviseur
Point 7

Supervision régulière
Point 7

Recours à  un Mentor Coach en cas de difficulté

Contrat

 

Contrat commercial entreprise cabinet
Contrat moral coach-coaché
Point 2

Contrat écrit
Point 5

Contrat écrit

Obligation de moyens du coach

Obligation de moyens avec recours à un confrère si besoin
Art 1.5

Mise en œuvre avec tout moyen nécessaire y compris une expertise
Point 6

 

 

Respect du coaché

Interdiction d’abus d’influence
Art 1.4
Validation de la demande du coaché
Art 2.3
Respect des étapes de développement du coaché
Art 2.4

Adhésion du coaché requise
Point 4
Interdiction d’abus d’influence.
Autonomie du coaché visée
Point 9

Bénéfice du client visé
Point 6

Prise en compte et respect des besoins et demandes du client.
Pas de recherche d’influence sur le client

Respect de l’organisation

Attention portée à l’organisation dans son contexte global
Art 3.1
Synthèse de l’intérêt du coaché et de l’organisation
Art 3.3

 

Veille aux intérêts du client
Point 6

Respect du client, de la collectivité et de la société

Refus ou interruption d’une mission

Refus de prise en charge possible. Indication d’un confrère
Art 1.6

Refus d’une mission possible
Point 5
Interruption concertée possible
Point 8

Obligation éthique d’interruption en cas de manquement au contrat
Point 7

En cas de refus, le coach indique 3 confrères dont 1 de l’ICF

Devoir de réserve

Obligation de réserve vis-à-vis des confrères
Art 4.3

 

Devoir de réserve vis-à-vis  de la profession
Point 2

 

Possibilité de recours du client

En cas de manquement aux règles ou conflit,
auprès de la SFC
Art 5.1

En cas de différend, auprès du cabinet signataire
Point 10

 

En cas de violation éthique, auprès de l’ICF

Utilisation NTE (Nouvelle Technologies)

 

 

Validation du Télé coaching et d’Internet
Point 9

Possible pour le contrat

Comme l’indique en préambule le code de la SFCoach, ces chartes demandent, au-delà de la formalisation écrite, une capacité de discernement, dans leur interprétation et dans leur application. L’ensemble de ces chartes relève d’un esprit commun qui se traduit par les principaux points listés en première colonne du tableau, à l’interface d’une part de valeurs morales comme le respect dû au coaché, à l’entreprise cliente et d’autre part de pratiques établies comme le contrat ou la supervision. Ces chartes prévoient également de possibles difficultés, voire la mise en œuvre de recours, avec pouvoir discrétionnaire plus ou moins étendu du groupement professionnel.

Par ailleurs, les cases restées blanches dans le tableau peuvent attirer l’attention. Ainsi, le respect dû à l’organisation cliente n’apparaît pas explicitement pour le Syntec qui est un syndicat professionnel qui regroupe des membres qui sont des entreprises et non des personnes. Par ailleurs, les NTE qui font parfois l’objet de débats, sont explicitement autorisés par la FFC et l’ICF au contraire de la SFCoach et du Syntec. Enfin, le terme de contrat n’apparaît pas explicitement dans le texte de la charte de la SFCoach qui le recommande néanmoins. En revanche le contrat est l’objet du deuxième point de la charte du Syntec, du cinquième point de la charte de la FFC, et du premier point de l’ICF.

Auteur : Sybil Persson, Professeur Associé Groupe ICN Ecole de Management,
Extrait du cahier de recherche « Quelle moralité pour le coaching en entreprise ? A l’écoute des praticiens » (Février 2007).

Sybil PERSSON dirige l’Ecole de Coaching à l’ICN Ecole de Management. Docteur en Sciences de Gestion de l’Université de Nancy, elle est Professeur Associé du Département Ressources Humaines et Systèmes d’informations depuis 15 ans. Sybil a une expérience conséquente en conseil et formation en entreprise, notamment pour accompagner les managers, les dirigeants et leurs équipes en période de changement. Ses activités de recherche concernent le coaching en entreprise, les valeurs des dirigeants et le fonctionnement des groupes de travail. La démarche s’appuie sur une approche anthropologique du management, prenant en compte les contributions théoriques de différentes disciplines des sciences sociales. Elle est l’auteur de “Méthodes de communication interpersonnelle” (Eska, 3ème éd., 2006) et a co-dirigé avec Vincent Lenhardt l’ouvrage collectif « Le coaching entre psychanalyse et problem-solving » (Eska, 2006).

Références bibliographiques:
Goudsmet A., Limère L. et Stenier B. (2003), Attitude Coach, Bruxelles, Éditions Kluwer.
Hudson F. M. (1999), The Handbook of Coaching, San Francisco, Jossey Bass Publishers.
Malarewicz  J.-A. (2000), Systémique et entreprise, Paris, Village Mondial.




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