Rappelons
en préalable, avec Malarewicz (2000, p. 146) que « ce qu’on appelle
habituellement une déontologie – ou un code de déontologie – concerne
l’ensemble des règles de fonctionnement qu’une profession se donne à
elle-même, pour tenter de résoudre tout ou partie des problèmes
éthiques que peuvent rencontrer ses membres ». Ainsi les groupements
professionnels autour du coaching proposent une charte à vocation
déontologique que leurs adhérents s’engagent à respecter.
Cet
article, extrait d’un cahier de recherche plus vaste, propose de lister
quelques chartes déontologiques en mettant en lumière de manière
synthétique leurs différences et leurs points communs afin de mieux
comprendre leurs spécificités. Ce document permettra à des
professionnels de l’accompagnement de choisir – ou de créer – le
référentiel déontologique qui convient le mieux à leur pratique et il
aidera les utilisateurs ou prescripteurs à mieux comprendre les points
auxquels il faut être attentif lorsque l’on entreprend une démarche
coaching.
Quatre chartes sont analysées ci-dessous, émanant
chacune d’un organisme professionnel reconnu par le monde du coaching.
Les deux premières semblent incontournables au regard d’une part de la
place que prennent les deux organismes dans le paysage médiatique
français et d’autre part de l’effectif de leurs adhérents. La troisième
charte illustre le souci de structuration qui anime la plupart des
groupements plus légers, de moindre importance. Enfin la quatrième
charte provient de l’organisation la plus lourde, elle est américaine,
mais se diffuse dans différents chapters (pays ou régions), y compris
en France. Une présentation rapide des quatre organismes laisse place
ensuite à une lecture comparée des quatre chartes produites.
La Société Française de
Coaching (SFCoach)
La
Société Française de Coaching (SFCoach) dont les buts sont de définir,
valider, promouvoir le coaching, ainsi que de définir et faire vivre le
label qualité/déontologie SFCoach, a promulgué une charte depuis sa
naissance en janvier 1997. Au-delà des statuts originels accordés aux
membres (fondateur, titulaire et adhérent), a été instauré un statut
supplémentaire en 2002 de membre associé, qui permet d’assouplir les
paliers au sein des conditions requises entre le simple statut
d’adhérent et celui plus exigeant de titulaire. Cette mise en œuvre
s’est traduite par des modifications concernant la charte et les
statuts de l’association qui valident l’existence d’un Comité
d’Agrément et de Déontologie remplaçant le précédent Comité d’admission
de titularisation et de déontologie (Ces modifications concernent
essentiellement l’article 16 des statuts de l’association en 2002. De
plus, une réorientation plus sélective de référencement des coachs a
été mise en place en 2006). Au-delà de leur engagement à respecter la
charte de l’association, les membres sont tenus, pour le membre
titulaire d’exercer un métier de coach, pour le membre associé
d’exercer le coaching sur un mode occasionnel, pour le membre adhérent
d’exercer un métier en lien avec le coaching. Les deux premières
catégories de membres ont fait la preuve de leur compétence devant un
jury (Le membre associé a satisfait devant un jury aux critères fixés
par le Comité d’Agrément et de Déontologie concernant sa formation, son
expérience et son développement professionnel. Pour le membre
titulaire, dans le même processus, il s’agit de l’intégration des
acquis de formation, d’expérience et de développement personnel
(Article 7 des statuts en 2002).
Le Syntec Conseils en
évolution professionnelle
Le
Syntec Conseils en évolution professionnelle est un syndicat
professionnel régi par le Titre Ier, livre IV du Code du Travail. Début
1999, l’Ascorep (Association syndicale des conseils en réinsertion
professionnelle), créée en 1985, rejoint le Groupement des Syndicats
Syntec des études et du conseil (GSSEC) et devient le Syndicat Syntec
conseils en évolution professionnelle. Une charte du coaching en dix
points a alors été rédigée. En 2004 le Syntec regroupe 23 cabinets
conseil.
La Fédération Francophone
de Coaching (FFC)
La
Fédération Francophone de Coaching (FFC) a été créée par Alain Cayrol
en 1999 pour mettre en œuvre une vision humaniste du coaching, tournée
vers la coopération et le soutien, sans lourdeur bureaucratique. Elle
rassemble ses membres autour d’une charte éthique en dix points. Son
originalité provient de sa volonté affichée de promouvoir le télé
coaching en utilisant les technologies actuelles.
International Coaching
Federation (ICF)
La
Fédération Internationale de Coaching (ICF International Coaching
Federation) est l’organisme le plus représentatif de la profession aux
États-Unis. Elle a été fondée en 1992 par Thomas Leonard. Pour
développer la pratique coaching, les objectifs de la fédération
consistent à coordonner la communauté coaching suivant des standards
professionnels exigeants, à mettre en œuvre une haute éthique de la
pratique coaching et à représenter les membres auprès des organismes
professionnels ou publics et des médias. Un guide éthique («
Ethical guidelines for coaches », Hudson, 1999, p. 49) a été établi en
six paragraphes. Une section spécifique executive coaching existe au
sein de la fédération depuis 1999. La fédération accrédite les écoles
de formation au coaching. Son influence en Europe se manifeste au
travers des congrès européens qui prennent place, depuis 2001, à côté
des congrès internationaux. La société a accrédité 6000 coachs dans le
monde entier (Goudsmet et al., 2003) et existe dans 32 pays dont la
France depuis 2001.
Le tableau ci-dessous permet une lecture comparative des 4 codes
déontologiques.
|
Points |
Société Française de Coaching |
Syntec Conseil en Evolution Professionnelle |
Fédération Francophone de Coaching |
International Coaching |
|
Garanties offertes par le coach |
Formation expérience supervision |
Formation expérience validées
par le cabinet ; |
Formation validée ou en cours |
Ensemble des qualités du coach |
|
Confidentialité |
Secret professionnel |
Secret professionnel |
Confidentialité selon la loi du
pays |
Confidentialité recommandée. |
|
Supervision |
Supervision établie pour les
membres titulaires |
Recours régulier à un
superviseur |
Supervision régulière |
Recours à un Mentor Coach en cas de difficulté |
|
Contrat |
|
Contrat commercial entreprise
cabinet |
Contrat écrit |
Contrat écrit |
|
Obligation de moyens du coach |
Obligation de moyens avec
recours à un confrère si besoin |
Mise en œuvre avec tout moyen
nécessaire y compris une expertise |
|
|
|
Respect du coaché |
Interdiction d’abus d’influence |
Adhésion du coaché requise |
Bénéfice du client visé |
Prise en compte et respect des
besoins et demandes du client. |
|
Respect de l’organisation |
Attention portée à
l’organisation dans son contexte global |
|
Veille aux intérêts du client |
Respect du client, de la collectivité et de la société |
|
Refus ou interruption d’une mission |
Refus de prise en charge
possible. Indication d’un confrère |
Refus d’une mission possible |
Obligation éthique
d’interruption en cas de manquement au contrat |
En cas de refus, le coach indique 3 confrères dont 1 de l’ICF |
|
Devoir de réserve |
Obligation de réserve vis-à-vis
des confrères |
|
Devoir de réserve
vis-à-vis de la profession |
|
|
Possibilité de recours du client |
En cas de manquement aux règles
ou conflit, |
En cas de différend, auprès du
cabinet signataire |
|
En cas de violation éthique, auprès de l’ICF |
|
Utilisation NTE (Nouvelle Technologies) |
|
|
Validation du Télé coaching et
d’Internet |
Possible pour le contrat |
Comme
l’indique en préambule le code de
la SFCoach, ces chartes demandent, au-delà de la formalisation écrite,
une capacité de discernement, dans leur interprétation et dans leur
application. L’ensemble de ces chartes relève d’un esprit commun qui se
traduit par les principaux points listés en première colonne du
tableau, à l’interface d’une part de valeurs morales comme le respect
dû au coaché, à l’entreprise cliente et d’autre part de pratiques
établies comme le contrat ou la supervision. Ces chartes prévoient
également de possibles difficultés, voire la mise en œuvre de recours,
avec pouvoir discrétionnaire plus ou moins étendu du groupement
professionnel.