Posté le 08-04-2008 à 19:05 - M. Moral & M. Giffard
Au début d'une intervention, le coach d'équipe compétent sait qu'il ignore
les limites de sa propre ignorance et que sa perception de l'équipe
comporte un angle mort. Il ne connaît pas l'équipe qu'il va
accompagner, son histoire ses désirs, ses peurs. Il a déjà constaté
qu'aucun résultat n'est définitivement acquis, que le temps est
cyclique, qu'il convient d'être vigilant quand l'équipe se sent forte,
qu'elle tire souvent sa propre force de ses zones de faiblesse, que
tout problème est une solution et réciproquement. Il ignore aussi
quelle est la stratégie gagnante à mener, la stratégie étant l'art
d'utiliser l'environnement de l'équipe à son avantage.
La position du coach d'équipe
Le
coach d'équipe est conscient de la fragilité humaine: la sienne,
celle de l'équipe, du processus de coaching, des progrès
réalisés,
de l'entreprise et de la vie qui peuvent s'interrompre sans préavis. Il
est également conscient de la fragilité de sa posture vis-à-vis du
groupe: une fois le cadre accepté par l'équipe, son action va souvent
se limiter à être présent à ce qui se passe dans l'équipe, à poser des
questions ouvertes, à proposer quelques reformulations, à recentrer
l'équipe sur sa demande initiale et l'amener progressivement à désirer
faire l'économie de sa prestation. Il ne peut pas s'appuyer sur un
savoir conceptuel qu'il diffuse derrière un rétroprojecteur ni sur des
exercices standards d'entraînement en petit groupe, comme certains
consultants ou formateurs le réalisent avec brio! Le coach d'équipe
sait aussi que cette fragilité assumée et partagée avec l'équipe est
l'essence même de la valeur ajoutée de sa prestation. Bien entendu, il
lui importe de manier cette information avec délicatesse afin de se
synchroniser d'abord avec les membres de l'équipe, dont l'une des
premières demandes est souvent de faire appel à un expert d'une
technique de changement, à un spécialiste du coaching d'équipe, à un «
sachant» capable de les convaincre de la pertinence de ses réponses.
Un exemple de coaching d'équipe
Par
exemple, nous animons un séminaire de trois jours destiné à
sensibiliser des managers au coaching d'équipe. Pendant la première
heure, nous adoptons la position basse du coach d'équipe et non celle,
attendue, du fondateur animant des exercices de présentation des
participants et de leurs attentes, ainsi que la formulation des
objectifs et du programme du séminaire. Afin d'assurer le début de la
vie du groupe, nous commençons par poser quelques questions
fédératrices: qu'est-ce que le coaching d'équipe? Quelles compétences
doit posséder le coach d'équipe? Comment allez-vous procéder pour les
acquérir? Quels rôles nous donnez-vous pour vous accompagner pendant ce
séminaire? De manière implicite, le groupe de participants est supposé
s'organiser pour répondre à ces questions et construire le séminaire.
Nous assistons alors, en concentré, à un florilège de ce qui se passe
habituellement dans un groupe: émergence d'un leader qui prend les
choses en main, refus de participer d'une personne qui ne comprend pas
les règles du jeu et veut partir, tensions entre deux participants qui
ont des visions différentes de la situation, application
stricte
du protocole proposé, recherche de consensus pour apaiser les tensions
et créer de bonnes relations... De temps en temps, nous demandons aux
participants de noter leurs sensations ou leurs émotions et d'observer
les comportements des autres personnes. Nous arrêtons l'exercice juste
avant que le désarroi et la frustration soient trop forts, en animant
une séance de débriefing mettant l'accent sur le partage des faits
observés - chacun en ayant souvent une perception différente - et sur
la prise de conscience de la responsabilité personnelle des
participants dans la construction du film collectif. Ce dernier aspect
est traité sans les culpabiliser par une question du type:
«qu'avez-vous entrepris concrètement pour améliorer le processus en
cours? »
Cette première expérience est riche et fondatrice
pour la suite du séminaire. Elle fait bien toucher du doigt la nature
de la position basse. Dans cet exercice, la proposition et
l'acceptation préalable par les participants du cadre d'intervention et
du rôle précis du coach d'équipe ont été volontairement omis afin de
faire prendre conscience de l'importance des règles de vie dans la
démarche du coaching d'équipe.
Le coach d'équipe n'est pas un "animateur" : c'est un "miroir"
Le
coach d'équipe est le miroir de ce qui se passe, observateur du
processus et non acteur/animateur. Il marche à côté de l'équipe,
recherche la meilleure distance, est conscient qu'il juge les personnes
et les événements, et est donc en mesure de suspendre ce jugement. Le
coach d'équipe permet à chacun et au groupe de communiquer dans un
espace-temps sécurisé en définissant des frontières, des règles du jeu
et des protocoles de communication. Il fait constater et formaliser les
processus de l'équipe et en fait réécrire le mode d'emploi afin
d'améliorer le fonctionnement d'ensemble et de gagner en productivité.
Il confronte l'équipe en situation opérationnelle, dans la durée, et
fait réguler les tensions et les conflits.
Par sa posture, le coach éclaire la conscience immédiate du vécu de
l'équipe et interagit avec les informations disponibles au présent. La
conscience est une information venant de soi, pertinente et de haute
qualité, de l'ordre de l'être, de l'empathie et de l'amour. La
responsabilité est le choix d'assumer ses actes en apportant ses
réponses. Elle relève de l'ordre du faire, de la volonté et de
l'intention. Le coach accompagne l'équipe afin d'équilibrer cette
dualité entre l'être et le faire. Il rend conscient l'incons- cient
individuel et collectif afin de transformer un futur potentiel
indifférencié en un avenir probable à inventer et à construire. Le
coach amène l'équipe à prendre conscience des obstacles et des
opportunités pour mettre en œuvre sa stratégie, et l'invite à prendre
la responsabilité de les traiter.
Le coaching d'équipe permet de creuser sous les événements apparents
afin de trouver les valeurs de l'équipe, ce qui compte vraiment pour
elle. Il fait travailler l'équipe pour passer de l'état actuel à l'état
désiré, l'incite à faire le point afin de vérifier si elle se situe
bien sur le chemin choisi à un moment donné. Il ne s'agit pas
d'entraîner l'équipe à acquérir de nouvelles compétences
prédéterminées, mais à découvrir par elle-même comment elle va procéder
pour remplir sa mission. Être en retrait sur la conduite de l’action à
mener mais aussi transmettre son enthousiasme à l’équipe –
étymologiquement, être dans le souffle de Dieu. Voilà en
synthèse, le grand écart demandé au coach d’équipe.
Auteurs : Michel MORAL et Michel GIFFARD. Extrait de
l’ouvrage « Coaching d’équipe : Outils et pratiques » », p.6, © Armand
Colin, 2006 et 2007. Mis en ligne par l’auteur ou avec son accord
explicite ou celui de ses ayants droit.
Michel GIFFARD, diplômé de HEC Paris, est coach et superviseur de
coachs, directeur pédagogique des CESA Coaching au groupe HEC.
Michel MORAL, diplômé de l’Ecole centrale de Paris, psychologue
clinicien, est coach, formateur et superviseur de coachs.