Posté le 12-05-2008 à 17:35 - N. De Beer et I. Laplante
Moins le coach intervient plus il laisse d’espace à son client. Moins
il exerce son pouvoir (pouvoir du savoir, pouvoir de ses outils,
pouvoir de sa théorie…), plus le client peut reprendre son propre
pouvoir.
Intervenir pour quoi faire ?
Les interventions de coaching sont souvent issues de modèles
thérapeutiques (thérapies courtes, thérapie brève, thérapies familiales
entre autres). Il suffit de regarder de l’approche de François Roustang
(1), la posture proposée par Guy Ausloos « la seule personne que vous
puissiez changer c’est vous… ». (2) ou les métaphorisations
des grandes découvertes scientifiques (le Chaos, les structures
dissipatives…) qui ont inspiré des personnalités comme Mony Elkaïm (3)
pour s’en persuader.
Toutes ces démarches nous invitent à nous demander si, lorsque nous
intervenons, nous le faisons pour être utile à notre client ou pour
éviter un inconfort personnel : peur du silence, peur de l’inconnu,
besoin de prendre en charge toute la réussite de la séance pour
justifier la prestation (questions de contenu, utilisation d’outils,
reformulation, conseils…) Si c’est le cas, voilà un bon sujet de
travail avec notre thérapeute ! Car nous n’avons pas à nous soigner sur
le dos de nos clients !
La question pour le coach est donc de savoir si « son geste » répond à
un besoin personnel ou si « son geste » est approprié. Ne nous trompons
pas d’objectif, le coach est là pour aider son client à se redéployer.
Il n’est pas en séance pour s’exercer, tester ses nouveaux outils ou
valider ses théories.
Pour nous, la meilleure façon d’aider un client est d’être économe :
être « concave », c’est-à-dire accueillir sans tenter d’agir, et être «
convexe » le moment venu, c’est-à-dire intervenir au juste moment avec
le geste juste.
La complexité c’est la richesse
Les humains sont complexes, le client est complexe, alors, restons
complexe et acceptons la complexité (voir les travaux d’Edgar Morin sur
la complexité) (4). Ne tentons pas de réduire, simplifier, ou appauvrir
nos clients (profils de personnalités, par exemple). Comme le dit la
loi de la variété requise « Un système, pour survivre, doit être au
moins au même niveau de complexité que son environnement » autrement
dit, pour accompagner nos clients, il nous est nécessaire de rester à
un niveau de complexité au moins aussi élevé que le leur.
Faire pour être ?
Le risque d’agir trop, d’en faire trop, d’agiter des outils est que le
client n’avance pas. Pourquoi s’agite-t-on ? Parce que l’on croit qu’il
faut faire pour être. Comme le dit joliment François Roustang «
Qu’est-ce que l’attente ? C’est dire : Je n’ai pas de solution à un
problème, je vais me mettre en état d’attention – d’attente,
c’est-à-dire de tendre vers cette solution sans crispation…»
Agirait-on alors pour se masquer son propre vide : devant le silence,
devant l’attente, devant l’inconnu, dans la peur de recevoir ? Nous
devons agir parce que c’est nécessaire (utile au client) et non pour
justifier notre présence rémunérée. L’objectif n’est pas que le coach
réussisse son coaching mais que le client réussisse.
Mais ne pas agir ne signifie pas ne rien faire ou ne pas savoir quoi
faire. Au contraire, c’est créer un espace d’accueil, de confort et de
sécurité où le client va pouvoir élaborer, se mettre en dynamique,
reprendre contact avec son autonomie d’action.
« Au lieu de se sécuriser avec les nombreuses bouées de sauvetage que
nous avons l’habitude d’avoir à notre disposition, il s’agit au
contraire d’accepter l’aléatoire, de s’ouvrir au chaos, de risquer
l’événement, sans autres armes que notre compétence, notre expérience…
» (2)
Le minimalisme
Le coach qui connaît les frontières de son métier, qui sait poser le
cadre d’intervention, qui a installé une posture professionnelle, qui a
identifié avec le client une direction de travail et qui a la capacité
d’analyser le processus coach/client, n’aura souvent que des
interventions minimales à faire. Faisons confiance à nos clients, ils
pourront exprimer leurs compétences.
Auteurs: Nicolas De Beer
& Isabelle Laplante,
Médiat-Coaching(http://www.mediat-coaching.com). Mis en ligne par
l’auteur ou avec sonaccord explicite ou celui de ses ayants droit.
Notes:
____________________________________________
(1) François Roustang : « Il suffit d’un geste » – chez Odile Jacob
(2) Guy Ausloos La compétence des familles – Editions Eres
(3) Si tu m’aines ne m’aime pas – Mony Elkaïm – Point Seuil
(4) Introduction à la pensée complexe – Edgar Morin – Point Seuil