Posté le 02-06-2008 à 11:40 - Marc Lasseaux
Ethique. « Ethos » du grec : relève de
l’inspiration, du fondement, du sens et de ses comportements.
« L’homme des
civilisations, pas encore libéré de l’asservissement social et
politique, connaît un joug [encore plus] pesant » : l’asservissement à
la matière. La matière produite par les hommes devient une puissance
qui écrase l’homme. Les hommes deviennent « un peuple qui ressemble au
« hamor *». L’homme devient esclave de ses objets ».
Alexandre SAFRAN, Grand Rabbin de Roumanie, puis de Genève, dans «
éthique juive et modernité », éditions Albin Michel, 1998.
*ressemblance étymologique entre hamor et hamer : âme et matière.
Quels que soient nos modèles et nos références théoriques, il me semble
que le coaching procède d’un cadre absolument nécessaire à resituer ou
à reconsidérer :
- le coaching n’a de sens que parce qu’il répond à un besoin
institutionnel et humain. En conséquence, l’existence du coaching et
son cadrage dans la Société n’ont d’autres raisons d’être que d’être
par essence au service de [l’institution et le sujet].
- L’institution et le sujet sont placés dans le cadre d’un
système de valeurs sociétales. Ce ne sont pas les valeurs d’une
organisation plus qu’une autre qui font référence, ce sont les valeurs
de notre société au plus au niveau, comme le respect de l’autre et de
soi.
- L’humain est à l’origine de la création de l’entreprise
comme condition de sa survie et de sa sécurité, et à l’économie comme
système d’échanges et de transactions valorisés et régulées.
L’entreprise et l’économie sont des dimensions intrinsèques à l’être
humain.
- Pratiquer un métier de l’accompagnement procède d’un métier
de la relation. La relation passe par la prise en compte de l’autre
dans sa singularité. Ce que Claude HALMOS, psychanalyste, rappelle à
propos de son métier : accompagner son patient comme clinicienne passe
par une posture fondamentale de relation à l’autre.
Dans ces conditions, il est essentiel de souligner que le coaching
procède de l’anthropologie humaine, et non de la matière (des outils),
pour reprendre la citation d’Alexandre SAFRAN.
Quelles que soient nos spécialités et nos approches, nous avons à
répondre à un cadre commun.
Ce cadre est défini par l’éthique comme étant un référentiel qui fait
sens et nous donne des repères dans nos comportements individuels et
professionnels.
Par définition, l’éthique procède d’un questionnement personnel face à
une problématique donnée, à laquelle il nous faut répondre.
L’éthique, c’est pouvoir se poser la question :
« Qu’est-ce que ce problème posé me pose comme problème. Comment
vais-je l’aborder et le résoudre. »
La déontologie professionnelle donne un cadre moral qui codifie les
actes accomplis dans l’exercice de son métier. Par exemple, la
déontologie du médecin, de l’avocat…
Toutefois, les situations humaines sont souvent uniques vont
immanquablement se présenter au professionnel sous la forme d’une
situation spécifique, délicate, pas encore vécue, et qui va réclamer de
la part du professionnel une clairvoyance, une réflexion personnelle
précédant l’action.
C’est ce qu’on appelle l’éthique.
Autrement dit, la déontologie énonce des principes généraux – utiles,
l’éthique se réfère à chaque situation spécifique rencontrée par un
professionnel.
Lors d’une conférence donnée dans le cadre de la SFCoach en 2004, Bruno
– Marie DUFFE, Directeur de l’Institut des Droits de l’Homme, avait
souligné ce qui caractérise l’éthique, d’un point de vue sociétal, et
l’éthique du professionnel, en particulier celle du coach que propose
l’auteur en dix recommandations.
2 - Les dix recommandations pour une éthique de la relation
du coaching.
Ou être présent à son client (coaché) en gardant la bonne distance
professionnelle (coach).
Points de repères.
1 – Commencer par l’écoute, ne jamais suspendre l’écoute active.
« Ménager une hospitalité intérieure et que la personne puisse se poser
».
2 – Prendre en considération les éléments du récit que la personne fait
d’elle même (récit coloré, tendancieux).
3 – Adopter un langage qui honore le savoir faire, les compétences,
l’expérience de la vie.
4 – Consentir au décentrement.
Etre en accompagnement = chacun son pas (celui du coaché, celui du
coach).
5 – Proposer une interprétation dialoguée et continue des objectifs de
l’entreprise.
6 – Risquer une relecture éthique des objectifs économiques et
stratégiques de l’entreprise concernée.
Se situer comme coach en décalage par rapport aux logiques.
7 – Valoriser les crises (crise = choix).
Prendre en compte l’écart et en faire un temps de choix.
8 – Oser en appeler à l’absolu = quelle est notre profondeur de champ.
9 – Ne pas relativiser la question des moyens disponibles (question
essentielle) les évaluer et les relativiser.
10 – Définir la responsabilité personnelle et la part des contraintes
institutionnelles.
Dépasser la culpabilité : comment se fait-il que je me sente aussi
marqué par ma responsabilité ? Qu’ai-je bien fait ?
3 - les questions éthiques posées par le coaching
comme pratique sociale.
L’abondante littérature sur le coaching, qu’elle soit sous forme de
livres, d’articles ou de colloques témoigne d’une pensée axée
majoritairement sur le processus du coaching, et des outils ou
démarches qui le sous tendent. Il est vrai que ce nouveau métier
demande encore à être expliqué et clarifié, du fait de sa relative
jeunesse et aussi de sa diversité. Toutefois, cette pensée axée sur le
processus est autocentrée et en oublie le coaché.
Qui le coaching vise – t- il :
- « l’homme économique ». Celui qui
produit, et par conséquence, est appelé à « être plus ou moins ceci ou
cela», « faire mieux ceci ou cela », c'est-à-dire à réguler ses actions
et son désir en fonction d’une codification sociale, d’un cadre
acceptable par une norme, implicite ou explicite. Ce coaching là est de
type adaptatif.
- « l’homme consommateur ». celui qui
achète et par conséquence, se prononce sur le coach comme objet
transactionnel du coaching. Ce coaching là est illustré par la
procédure de plus en plus répandue de présenter un choix de coachs à un
futur coaché, dans le cadre d’une démarche prescrite. Le coaché fait
son marché.
- « l’homme sociétal », celui qui, dans
sa singularité, procède de l’appartenance – reconnaissance au groupe.
Ce coaching là procède de la reconnaissance des influences comme
dynamique humaine et inter - humaine.
- « l’homme – sujet », au sens freudien.
Etre sujet au travail, c’est reconnaître toute la profondeur de la
personne dans son psychisme, sa présence et son agir au sein du groupe
et de l’institution.
Ces différentes approches et exigences font différence, non seulement
par leur contenu (théorie, concepts, méthodes, outils), mais également
par leur finalité.
Or la finalité conditionne le contenu et non l’inverse.
C’est la raison pour laquelle nous travaillons à clarifier la mise en
place d’un coaching, dès la demande initiale qui faite par
l’entreprise, de son degré d’acceptation par le coaché lorsqu’il s’agit
d’un coaching prescrit, de ce qui est demandé implicitement au coach de
produire.
Dès lors, le dirigeant futur coaché ou le manager qui bénéficie d’un
coaching prescrit, le hiérarchique prescripteur, le coach vont entrer
dans une relation de clarification préalable des principaux ingrédients
qui fondent « la demande de coaching » : pourquoi avoir choisi le
coaching, qu’est-ce qui fonde la demande initiale en profondeur, quelle
est son économie (voir ci- dessus) et sa finalité par rapport au
coaché, quels en sont les enjeux et qu’est-ce qui peut en être dit à ce
moment d’enclenchement, quelle ; pour un coaching prescrit : quelles
sont les positions des différents acteurs, quel est le degré de
motivation du futur coaché, quelles sont les marges de manœuvre du
coaché et du coach pour mettre en œuvre le travail…
On le voit, l’enclenchement d’un coaching n’est ni la conséquence d’une
méthode du coach, ni la contractualisation immédiate d’une demande
initiale qui est régulièrement la partie émergente ou visible d’une
problématique, pas davantage une simple négociation commerciale.
L’enclenchement d’un coaching est éthique, en ce sens qu’il cadre les
acteurs et le processus par la finalité, le degré de clairvoyance et de
maturité avec lequel les acteurs vont ensuite agir, et bien sur
aménager un espace, je dirais volontiers une étendue de travail dans
laquelle le coaché pourra se mouvoir, évoluer pour trouver par lui-même
les réponses à la problématique posée et s’y situer comme « sujet »
(personne avec sa structure de personnalité, son histoire, son désir,
sa motivation…). Ce cadrage éthique est de la responsabilité du coach.
La pratique sociale du coaching est née du jeu économique très tendu
des entreprises croisé avec la demande faite aux dirigeants et managers
d’une adaptabilité sans limites à ce jeu, parce que notre univers
sociétal est compétitif : entre concurrents d’un même secteur, entre
pays d’un même ensemble, entre types d’économie, qu’elles soient post -
industrielles ou émergentes.
Si nous interrogeons l’éthique, c’est parce que nous faisons la
différence entre l’acceptation de cette compétition qui s’impose à nous
et le respect de l’intégrité des acteurs qui ont à faire réussir cette
compétition pour leur entreprise.
Les peurs humaines raccourcissent souvent les réponses que nous
trouvons aux problèmes qui nous angoissent, la première réponse étant
de nier l’angoisse et ce qui fait problème.
L’éthique du coaching permet au coaché de retrouver un espace pour se
construire et construire des réponses à ses défis, ceux de sa fonction
et de ses responsabilités, ceux du « sujet » qu’il est comme personne
au sein du groupe et de l’entreprise.
Auteur : Marc LASSEAUX,
coach et formateur, titulaire
de la SFCoach. A
son actif une centaine de coachings individuels de dirigeants et de
managers, anime des sessions et séminaires de management (300
stagiaires par an) en intra et inter entreprise. Formation de management
stratégique et sciences humaines (psychanalyse, approche systémique,
sciences sociales). Mis
en ligne par l’auteur ou avec son accord explicite ou
celui de ses ayants droit.