Posté le 10-06-2008 à 21:55 - Eric Mercier et Catherine Besnard-Péron
Cet article, co-écrit par Eric Mercier et Catherine Besnard-Péron
s'adresse avant tout aux prescripteurs du coaching – DRH, RRH, chefs
d’entreprise, DG, Managers mais les coachés ou les coachs eux-mêmes
trouveront un intérêt certain à lire ce témoignage construit autour
d'un exemple concret de coaching.
La génèse d'une demande prescrite de coaching
Les offres de coaching sont présentées par des coachs (rien que de très
normal jusque là), alors que la genèse d’un coaching se situe dans la
demande, qu’elle soit faite par le futur coaché ou par le prescripteur.
Nous avons ainsi voulu nous mettre, le temps d’un article, dans la
position du « prescripteur de coaching », celui ou celle par qui la
demande initiale arrive. Qu’il nous soit pardonné d’avoir usurpé
temporairement cette position, que nous nous engageons à restituer dans
l’état où nous l’avons trouvée en entrant…
Le prescripteur, Pierre, travaille dans une entreprise (ou une
organisation, une association, une institution – nous utiliserons le
terme « entreprise » dans ces contextes) et envisage de proposer un
coaching à l’une des collaboratrices, Camille. Cette idée à
peine entrevue le fait déjà s’interroger :
- Qu’est-ce qui m’a fait penser à ça ?
Est-ce que la situation est propice à un coaching ? La formation
n’est-elle pas plus adaptée ?
- A supposer que ce soit adapté à
Camille, comment vais-je le lui présenter ? comment va-t-elle le
prendre ?
- Si elle est d’accord, comment vais-je
choisir le coach ? et d’ailleurs, qui le choisit, Camille ou moi ?
- Comment allons-nous contractualiser
cette relation à trois ? n’est-ce pas source de confusion ?
- Comment vais-je suivre le déroulement
du coaching (il semblerait que ce soit confidentiel) et comment
l’évaluer et comment rendre compte à la DG (un rapport est-il fourni) ?
Nous suivrons le cheminement de Pierre, notre prescripteur, au travers
d’une série d’articles * qui reprendront les problématiques abordées et
tenteront d’y apporter des éclaircissements.
Quels sont les besoins liés au coaching ? Comment les
détecter ?
Pour commencer, quelles sont les situations propices à un coaching ?
Nous supposerons que vous adhérez à la proposition de base «
le coaching est pertinent » et, partant de là, nous analyserons les
éléments qui peuvent nous laisser penser qu’il est adapté à la
situation que Pierre rencontre. Nous en préciserons clairement les
contre-indications.
Ce coaching, c’est l’accompagnement d’une demande de changement d’un
état présent à un état désiré. Il met en scène une coachée (Camille),
un prescripteur (Pierre) et un coach (Charles).
La première question que se pose Pierre, au sujet de Camille, est : «
Quels éléments, dans cette situation, me font penser qu’il pourrait y
avoir une demande de coaching ? ». La question est essentielle, car
sans demande, il n’y a pas de coaching ! Il est rare de voir apparaître
une demande claire qui permette de décider de la pertinence d’un
coaching (ce serait le cas si Camille disait par exemple à Pierre :
« J’ai bien réfléchi, et les difficultés que j’ai dans mon
nouveau poste de manager sont probablement dues à mes résistances à
lâcher mon poste précédent. Je voudrai être accompagnée sur ce terrain
pour dépasser les résistances que j’identifie »).
C’est pourquoi l’action de prescription de Pierre consiste plutôt à
détecter un besoin latent et à faire émerger une demande sous-jacente.
Le besoin latent est associé à un changement - qu’il ait eu
lieu, qu’il soit en cours ou à venir, au niveau de l’individu, de sa
relation aux autres, centré sur le management ou au niveau de
structure** . Les situations propices à un coaching pourront être
prises parmi un évènement particulier à gérer, une demande
d’amélioration de la performance et du leadership, une prise de poste
(changement de fonctions de collaborateur à manager, par exemple) ou
des changements structurels.
Au-delà des exemples simplifiés, certains indicateurs vont pouvoir
orienter la réflexion de Pierre dans le cas de Camille. Supposons que
le problème émergent soit lié à des difficultés relationnelles au sein
d’une équipe, à des difficultés à communiquer, rapportées par le
manager de Camille :
- Pierre constate que ce qu’il ressent avec Camille est
souvent éclairant des difficultés relationnelles de Camille dans son
environnement de travail. « Comment se comporte-t-elle avec moi quand
je lui demande une note de synthèse ?», « qu’est-ce que je ressens
quand elle se comporte comme cela ?»
- La personne qui transmet ces informations est
aussi à considérer dans le dispositif : qui a réellement le « problème
» ? est-ce un problème objectif ? est-il lié Camille ou au manager qui
transmet le problème ?
- Enfin, le lieu d’expression même du problème donne des
indications sur le caractère de la demande, et permet de mesurer
l’implication de la personne dans la demande : lors d’un entretien
annuel, c’est officiel et la personne s’implique dans la demande, à la
machine à café, ce peut-être une « sonde » qui demande à être discutée
et vérifiée en entretien individuel. Dans tous les cas, le lieu est
porteur de sens et peut renseigner Pierre sur le contenu du « problème
».
Lors de cet énoncé, le premier travail consistera à objectiver au mieux
le problème, de manière à le circonscrire, le rendre factuel, et à
décider du meilleur outil à utiliser : coaching, formation, conseil, …
*** . Ce travail de clarification de la demande pourra être effectué
par Pierre en amont, ou avec l’assistance du coach pressenti lors de la
première rencontre, pour orienter vers la meilleure pratique.
Désormais, dès lors que l’idée d’un coaching se fait jour, Pierre
effectue une analyse de la demande dans le but de la rendre la plus
objective possible: De quelles difficultés parle-t-on ?, Par qui
sont-elles énoncées ? Dans quel contexte ?
Les contre-indications au coaching
Si Pierre demandait à un coach, il pourrait l’aider à voir si ce n’est
pas une contre-indication au coaching : anxiété incontrôlable, douleurs
physiologiques inexplicables, pathologies « évidentes » (drogues,
alcool, dépendances et dépression), demande sous contrainte, irréaliste
ou manipulatrice. Le coach s’assurerait notamment que Camille dispose
des compétences et du potentiel pour améliorer ses performances (dans
ce registre de demande) et que les ressources de la personne ne sont
pas épuisées ou insuffisantes (deuil d’un proche, dépression) ; dans
ces derniers cas, l’orientation vers un thérapeute serait proposée.
Pierre s’assurerait ainsi que le coach est dans une « bonne posture » :
ni conseil, ni formateur, ni thérapeute, et qu’il s’autorise à refuser
une mission s’il considère que la situation relève d’une « régulation
par le haut », c'est-à-dire d’une intervention du manager lui-même.
Pierre est, à la lumière des éléments précédents, convaincu de la
nécessité d’accompagner les difficultés de Camille par un coaching.
Comment va-t-il faire pour le lui proposer et obtenir son adhésion ?
Que faire si Camille est contre ? Si elle doute ?
Auteurs : Eric Mercier et Catherine
Besnard-Péron. Article
mis en ligne par l’auteur ou avec son accord explicite ou celui de ses
ayants droit.
Eric Mercier : Après une
formation d’ingénieur informatique, couplée avec un DEA, Eric Mercier a
exercé pendant 18 ans des fonctions d’encadrement de projets et de
commercial dans le secteur informatique, en France et à l’étranger. En
2004, il recentre ses activités au profit de l’accompagnement des
personnes et des équipes (diplôme de coach de l’université de Paris 8),
participe à la création de l’Association Européenne de Coaching (300
coachs en 2008) et lance le coaching solidaire. Il s’installe en 2006 à
Angers comme coach-formateur indépendant et se spécialise dans la
cohésion d’équipes commerciales, le coaching de commerciaux et la
formation des managers. Eric Mercier anime en parallèle des séminaires
sur le coaching, coordonne la formation de coaching de l’Université
Catholique de l’Ouest et est délégué de l’AEC pour les régions
Bretagne-Pays de la Loire.
Catherine Besnard Péron
: En profession libérale depuis 2001, elle intervient comme coach et
formateur, proposant un accompagnement à caractère professionnel et
également personnel. Après une formation certifiante chez
Mediat-Coaching (Paris), elle approfondit sa connaissance de différents
outils de Thérapie Brève, sur lesquels sont basés les principaux
modèles de coaching.Elle coache des clients en France et à l’étranger,
en Entreprise, pour des Institutionnels ou sur initiative personnelle
d’individus. Elle accompagne la cohésion des équipes commerciales, et a
développé les démarches de co-développement et d’Analyses de Pratiques.
Membre titulaire de l’AEC., elle intervient aussi en supervision.
Eric Mercier et
Catherine Besnard-Péron conçoivent et co-animent en parallèle des
séminaires sur le coaching, et ont créé LigerCoach, le Pôle de
ressources en coaching en Pays de Loire.
Notes
* Les articles seronts publiés chaque mois sur YOUman.fr
** voir « Typologie des coachings », in Le métier
de coach, Francois Délivré, Editions d’Organisation.
*** Voir dans l’ouvrage de Pierre Blanc-Sahnoun, p 55, «
Pourquoi le coach n’est pas un formateur ? Un psy ? Un consultant ? »,
in l’art de coacher, InterEditions