L’opposé coopère, ou l’idée d’un coaching empli de sagesse, donc « sans-idée ».

Posté le 10-07-2008 à 15:50 - Yves Richez
YOUman

Nous avons toujours adhéré à cette idée que l’opposé coopère. Empruntant cette expression à Héraclite, nous gardons (aussi) à l’esprit l’angle de la pensée chinoise, qui, parlant de sagesse, évoque un positionnement sans-idée, c’est à dire, sans l’une au-dessus de l’autre, mais plutôt l’une à côté de l’autre. Accentuant le propos, nous dirions sans vérité, c’est à dire sans un discours qui prétend, donc potentiellement prétentieux, ni sachant donc potentiellement arrogant car, soudain, considérant que nulle question concernant le coaching n’est plus à poser.

Dire que l’opposé coopère, c’est donc poser en principe qu’aucune idée ne vaut sur l’autre. Cela veut aussi dire que chacun quitte son point de vue, car trop conscient que le point (c’est un fait) est fixe, pour avoir une vue du point. C’est là que pourrait se situer un début de sagesse, car la vue du point offre une vue large et mobile. Ce qui entend (par définition) une souplesse d’esprit autant qu’une souplesse de la pensée, pour ne pas dire du penser.

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Le propos sur le coaching a-t-il « un point de vue » ?



La question nous semble pertinente à poser, car, il nous semble que la réponse est oui. Désormais le coaching possède son éthique, ses formations, ses savoirs, ses certifications, ses penseurs, ses compétences et bientôt, si ce n’est déjà (plus ou moins) fait, son épistémologie. Par épistémologie, nous entendons l’étymologie « epistemê », discours sur la science. Ce qui pose la question inévitable, le coaching peut-il être objet de science ? Et si oui qui sera le premier à décréter qu’il possède la meilleure épistémologie pour penser le coaching ?

Car il est intéressant, d’ores et déjà, de regarder comment le penser occidental, pour ne pas dire franco-français à opéré un coup d’état intellectuel (fameux) sur le coaching. Parlant d’un « nouveau » métier, nous pourrons observer le « transfert » des domaines communs des différentes « sciences » humaines et sociales comme fondements (possibles) du coaching. Cependant, parlant d’épistémologie pour professionnaliser le dit coaching, ce nouveau métier (mestier, au service de qui ou de quoi se met-on) dont nous le rappelons, le bas latin est mysterium (mystère), devrait rappeler à tout penseur ou praticien-savant que le coaching, par définition est une posture du réel et non de l’idée. Quand nous disons réel, nous nous appuyons (outre notre pratique de quelques 15 ans) sur l’allégorie commune (et non la dite métaphore.) que le coach vient du mot coche. Hors, cela semble un fait, le cocher était bien dehors et décidait de la route à suivre… son seul objectif étant d’amener (finalement) son voyageur à terme.

Le coaching, du nouveau avec de l’ancien simplifié voire simplifiant ?


Certes, il nous semble des plus importants de professionnaliser le métier de coach (et nous nous y attachons), mais, il nous faudra respecter les étapes qui « vont bien ». Car, il ne suffit pas, ou plus, de dire que le coaching est un métier nouveau, pour qu’il le soit. Nouveau, ce serait avant tout opérer un en dehors du penser commun, ce serait quitter les partis pris (rapide) théorique ou, du moins, prendre le temps de les mettre à l’épreuve. Hors, pour un métier nouveau, il nous paraît questionnant de constater à quel point les méthodes, techniques ou paradigmes anciens sont (remis) à l’ordre du jour, afin d’expliquer (expli-care, lisser les plis) ce que le coach doit savoir de cette posture à « haut risque » pour que le coaché soit protégé par le « cadre ». Comprenons par « cadre » : norme, certification, déontologie, technique, sciences, validation, formation, épistémologie, cadre de référence, paradigme etc.

Hors l’idée même de nouveau, c’est bien l’idée d’un « en dehors du connu ». Pourtant en repensant le nouveau à partir de l’ancien, nous prenons (tous) le risque (mais n’est-ce pas déjà « presque » le cas) de tomber, voire pire, de sombrer dans un « théorisme » naïf ; ce dernier, croyant ferme en son idée en cultivant une illusion référentielle en renforçant un conformisme idéologique noyée dans une consanguinité intellectuelle. Croisant de temps à autres quelques auteurs, semble-t-il, de bonne foi, et sous le couvert de rendre accessible au plus grand nombre les techniques et méthodes du coaching, le simplifié devient (souvent) simplifiant. La simplifiance (chère à Morin) étant, pour rappel : l’idéalisation, la rationalisation et la normalisation, oubliant de ce fait le « complexe ».

Ainsi, mettant les coachs juniors (ce qui par définition est un paradoxe, car le coach est mature et autonome, donc auteur de ses lois et de ses règles) en position de tout apprendre de grands coachs seniors, il est créé une position haute et une position basse, ce qui dans le jargon de l’anthropologie chère à Durand revient à parler de « régime diurne »*. La question serait de savoir où pourrait (bien) se trouver la position intermédiaire ou celle de biais, qui nuancerait un tel manichéisme, préférant une euphémisation (tout aussi) chère à la posture « nocturne »** du coach (donc ni de près et ni de loin thérapeutique). En effet, voilà, un piège bien « dangereux » : en opérant une inférence d’obédience thérapeutique dans le coaching (alors que « tout » le monde le dit : « n’en ait pas ») de ce genre, nous plaçons les futurs certifiés sous le joug de ceux, qui par empirisme et simplifiance ont déterminé ce que le coaching « est » et ce qu’il « n’est pas ». Donc… la même injonction se mettant en position sachante (c’est à dire « haute ») garde en conséquence ceux qui ne savent pas en position (irrémédiablement) basse. Il serait pourtant aisé, pour qui s’y penche de près, de mettre à l’épreuve avec facilité l’ensemble des affirmations posées depuis quelques années sur le coaching.


Pensée ou penser critique ?


Comme le souligne avec justesse Michel Alhadeff-Jones « finalement, concevoir d’un point de vue scientifique la portée critique de l’accompagnement interroge la façon dont on négocie les paradoxes d’un travail impliquant à la fois abstraction et généralisation, en même temps que singularités et contingences » (2007, p.241), aussi, dans un « souci » de rigueur épistémologique, les penseurs désireux de prendre le leadership sur un fondement « légitime » du coaching devront commencer par mettre à l’épreuve leur propre fondement. Nous pensons par exemple à Robin Fortin, qui cherchant à « comprendre l’être humain » (2003) commence par mettre à l’épreuve les sciences humaines en notifiant leur échec « Les sciences se succèdent les unes aux autres et, chaque fois, retombent dans les mêmes ornières. On aurait pu croire que les sciences humaines auraient pu éviter les erreurs bien connues des sciences naturelles. Mais non, elles sont tombées dans le piège de la spécialisation avant même de s’être entendue sur le sens et la direction qu’elles devaient donner à leur recherche (…) » (p. 39). Il ne suffira (donc) pas d’emprunter des idées intéressantes ou rassurantes à l’une ou l’autre des nombreuses sciences (gestion, éducation, sociales, humaines, naturelles etc.) pour bâtir un nouveau métier (mais qui donc dit qu’il est nouveau, puisqu’il est là depuis (presque) toujours…), il faudra reprendre le chemin dès son (possible) départ, non dans son allégorie, mais bien dans son origine. La question sera de savoir, de quelle origine parle-t-on ?

Ainsi, être « sans-idée » pour parler ou poser une (possible, mais pas obligée) épistémologie sur le coaching sera pour notre part, une règle de fond pour ne pas sombrer dans le risque du « point de vue ». En tant que praticien-réflexif, au sens que Donald Schön le positionne (Nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de référence « le praticien réflexif, à la recherche du savoir caché dans l’agir professionnel » 1994), nous tâchons de rester « ouvert d’esprit » et ambassadeur, autant d’une transdisciplinarité que d’une transculturalité de la pensée. Nous sentant proche de chercheurs et d’auteurs comme Edgar Morin, Antonio R. Damasio, Howard Gardner, Gaston Pineau, Albert Bandura, François Jullien, Yves Barel, Gilbert Durand (entre autres tout aussi enseignants), nous travaillons à partir ou avec les praticiens et les penseurs/chercheurs qui acceptent en principe de base, la biodégradabilité de leur propre pensée et pour certains d’entre eux, leur théorie. Toute idée sur le coaching refusant ce postulat de base de toute science (comme biodégradable) entrainerait une idéologie, elle même porteuse d’arrogance. Heureusement (sourire), les coachs étant des gens « sage » donc emplie de sagesse, ils auront cette humilité (humilis, celui qui reste à terre) de poser en principe ce postulat fondateur.

Auteur: Yves Richez, coach et directeur associé du cabinet Success. Vous pouvez réagir à cet article et laisser votre commentaire sur le blog YOUman d'Yves Richez.

Yves Richez, Directeur associé de SUCCESS Communication & Leadership™, est un ancien sportif de haut niveau. Il est spécialisé dans le domaine de l’accompagnement des potentiels humains. Il propose en 2006 un travail de recherche conséquent dans le domaine du potentiel humain et développe une théorie visant à expliciter la complexité qu’entend la posture du coach (Master 2 professionnel en fonction d’accompagnement). Yves intervient, entre autre, dans le CESA II Coaching d’HEC sur le thème du coaching d’équipe. Il intègre systématiquement la pensée complexe dans son travail de praticien-réflexif.

Notes
* G. Durand, les structures anthropologiques de l’imaginaire, 11ème édition, Dunod, 1992, 536 p. Le propre du régime diurne, c’est qu’il morcelle, sépare, divise les choses. Il y a technicité de la pensée. La posture est dominante. Les mots qui le caractérise : idéal, rationnel, élévation, transcendance, verticalité, technique, polémique, arrogance, efficace.
** Idem : Le régime nocturne unit, relie, descend (au sens de pénétrer), il favorise la médiation et l’efficience. Les mots qui le caractérisent : réalité, immanent, progresser, mûrir, calme, intime, progression, humilité, rythme.

Bibliographie
Afin de ne pas alourdir cet article par une bibliographie trop importante, nous prendrons la liberté d’indiquer (seulement) les principaux auteurs ayant contribué à inspirer cette réflexion : Y. Barel, F. Jullien, G. Durand, G. Pineau, M. Maffesoli, E. Morin, B. Cyrulnick, M. Paul, F. Minet, A. Lhotellier, D. Schön, R. Fortin




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